Le dimanche 06 février 2005
Musulmane en eaux troubles
Jean Fugère
collaboration spéciale, La Presse
Elle a beau être partout ces jours-ci, on ne connaît que depuis peu, en fait, l'existence d'Irshad Manji, cette journaliste et animatrice de Toronto d'origine indienne. Musulmane, lesbienne, Irshad Manji a écrit un livre sur la culture islamique, Musulmane mais libre (Grasset), dont le titre anglais, The Trouble with Islam, annonce encore plus la teneur polémique.
Irshad Manji est née en Ouganda et a grandi en Colombie-Britannique, où sa famille a émigré en 1972. Très jeune, ayant une sainte horreur de ce qui n'est pas clair, elle pose et repose sans cesse les mêmes questions. À 14 ans, lasse de ne pas obtenir de réponses, elle quitte la madrassa, l'école musulmane du samedi. «Pendant les cours du samedi, j'ai appris que si l'on était spirituel, on ne devait pas penser, écrit-elle. Si on pensait, on n'était pas spirituel.» Irshad Manji choisit la pensée. Et les problèmes, comme on dit. Son livre est la chronique de ses questionnements, de ses indignations, de ses remises en question. C'est le pavé d'une «refuznik», comme elle se nomme, lancé dans la mare de la culture musulmane. Une refuznik musulmane qui se veut réformiste. «Je dois à l'Occident mon désir de contribuer à une réforme de l'islam. Au Canada, poursuit-elle, et à son sens aigu de la diversité», qui lui ont permis de remettre en question, de l'intérieur, la culture musulmane - contrairement à une Taslima Nasreen, par exemple - et d'émettre une opinion autre que la consacrée. Tout son livre est un appel d'air, d'oxygène, de réforme. Un appel à la diversité de pensée. Question pour elle de trouver sa place comme femme, homosexuelle et penseuse et d'en offrir une, particulièrement aux autres femmes musulmanes.
Grande lectrice du Coran, elle remet en question les interprétations à sens unique et en dénonce l'antisémitisme, la misogynie et l'homophobie. Ce faisant, elle ouvre des espaces de pensée, des aires de discussion et de débat dans une culture religieuse qui lui fait si peu de place. Dire oui au port du voile, est-ce adhérer à la soumission des femmes? Est-il possible de concilier homosexualité et islam?
De la même façon que ce sont des femmes aux États-Unis qui ont fait éclater le scandale Enron, ce sont des femmes comme Irshad Manji qui portent pour l'heure les remises en question, les appels de réforme du discours islamique. Et nous, comment vivons-nous, voyons-nous cette culture islamique au Québec? L'avons-nous diabolisée? Comment accueillons-nous ce nouveau discours qui est aussi celui du grand penseur arabe? Êtes-vous d'accord avec les libertés d'interprétation d'Irshad Manji? Avec son projet de réforme? Quel est désormais l'avenir de l'islam?
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Écrivez-nous, d'ici le 22 février, à: Club de lecture
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Suzie Dufour
J'ai eu l'opportunité de lire le livre d'Irshad Manji, et j'ai énormément apprécié ce vibrant appel à l'usage du raisonnement et de la remise en question. >>