LeMonde.fr
Recherchez
depuis
 
sur Le Monde.fr sur le web avec Yahoo!
» Recevez les newsletters
gratuites
Archives
HomeActualitésPerspectivesPratiqueAnnoncesLe DeskLe KiosqueNewslettersMultimédiaRéférencesAbonnez-vous
A la Une
Le Desk
Vidéos
International
Europe
France & Société
Carnet
Economie
Médias
Météo
Rendez-vous
Sports
Environnement, Sciences
Technologies
Culture
* Coupe de l'America
Opinions
Blogs
Forums
Chats
Sondages
Météo
Cinéma
Livres
Voyages
Technologies
Trafic IDF
Examens 2007
Savoirs
Jeux
Shopping
Abonnement journal Le Monde
Aide
Emploi
Formation
Rencontres
Immobilier
Nautisme
Le Desk
Les images
Les dépêches
Les vidéos
Le Monde en html
La Une en 8 clics
Découvrez
l'édition abonnés
Le Monde en html
ELPAISplus
Découvrez
l'édition abonnés
Check-list
Que dit Le Monde ?
La 12:15
Les titres du jour
Examens 2007
Découvrez
l'édition abonnés
Multimédia
Dessins
Images du jour
Bande-son
Découvrez
l'édition abonnés
Dossiers
Thématiques
Repères
Cyberadresses
Fiches pays
Annales du bac
Les résultats du bac 2007
Corrigés du bac
Base élections
Etudes
Découvrez
l'édition abonnés
 
Point de vue

Je suis indignée par l'indignation des intégristes, par Irshad Manji

LE MONDE | 25.06.07 | 14h17  •  Mis à jour le 25.06.07 | 14h17
Augmentez la taille du texte
Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
Recommandez cet article
Citez cet article sur votre blog
Classez cet article
Réagissez à cet article
A Vancouver, où j'ai grandi, j'allais à l'école islamique tous les samedis. On nous y apprenait à nous méfier des juifs, qui adorent "mollah" au lieu d'"Allah", l'argent au lieu de Dieu. L'instituteur nous décrivait tous les juifs comme des affairistes. Pourtant, mon quartier voyait alors proliférer des commerces asiatiques, avec leurs devantures en mandarin, en cantonais, en japonais, en coréen, en hindi, en pendjabi, et même en ourdou, la langue officielle du Pakistan. Mais pas en hébreu. Ce constat m'a fait douter : et si mon école religieuse, au lieu de m'instruire, était en train de m'endoctriner ?


Cette interrogation est ravivée aujourd'hui, alors que le romancier Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, vient d'être fait chevalier par la reine d'Angleterre. Le ministre pakistanais des affaires religieuses a estimé qu'au vu des provocations littéraires de Rushdie et de ses blasphèmes envers l'islam, il n'y avait rien d'étonnant à ce que les musulmans s'offusquent de son anoblissement et manifestent leur colère par des attentats-suicides. Plusieurs membres du gouvernement pakistanais ont répercuté cette condamnation envers le Royaume-Uni, attisant l'indignation des communautés musulmanes en Europe et en Asie.

En tant que musulmane, en effet, je me sens indignée - par l'absurdité de telles réactions.

Je suis indignée parce que ce n'est pas la première fois que des honneurs décernés par le monde occidental suscitent la haine et la violence. En 1979, Abdus Salam, premier musulman (pakistanais) à recevoir le prix Nobel de physique, avait ouvert son discours de réception par la citation d'un verset du Coran. Alors qu'on aurait pu s'attendre que sa patrie lui rende hommage, des manifestants essayèrent de l'empêcher de revenir au pays et le Parlement alla jusqu'à le déclarer "non musulman" sous prétexte qu'il appartenait à une minorité religieuse. Aujourd'hui encore, son nom reste controversé, et les autorités ne le mentionnent que du bout des lèvres.

Je suis indignée par le nombre de femmes tuées chaque année au Pakistan pour avoir prétendument souillé l'honneur de leur famille, qui excède le nombre de détenus à Guantanamo. Les musulmans ont dénoncé, à bon droit, les sévices infligés aux prisonniers de Guantanamo. Mais qu'en est-il de leur louable indignation quand il s'agit du meurtre de musulmans par d'autres musulmans ?

Je suis indignée quand, en avril 2006, j'entends les mollahs d'une mosquée extrémiste pakistanaise lancer une fatwa contre les accolades. La ministre pakistanaise du tourisme s'était en effet laissé donner l'accolade par son moniteur de parachute, après avoir réussi un saut au profit d'une organisation caritative française destinée à récolter des fonds pour les victimes du séisme qui a frappé le Pakistan en 2005. Les religieux, décrétant que l'accolade entre un homme et une femme constituait "un grave péché", ont demandé sa démission.

Je suis indignée par leur fatwa qui confine les femmes à la maison et les oblige à porter le voile en toutes circonstances. Je suis indignée par la fermeture forcée des commerces de disques et de vidéos. Je suis indignée par la faiblesse du gouvernement qui cède au chantage des fanatiques menaçant de lancer des attentats-suicides s'ils rencontrent la moindre opposition.

Je suis indignée par la mort d'une trentaine de musulmans dans l'attentat organisé à Kaboul par des musulmans, par la mort de quatre-vingts autres aux mains de "rebelles" islamistes, et par le silence du gouvernement pakistanais qui n'a pas fait la moindre déclaration officielle pour déplorer ces attaques visant des coreligionnaires. Je suis indignée de voir que, au milieu de tels massacres fratricides, un athée comme Salman Rushdie puisse se retrouver en haut de la liste des hommes à abattre.

Surtout, je suis indignée par l'attitude de ces nombreux musulmans qui ne semblent eux-mêmes pas suffisamment indignés pour s'opposer massivement à ces ambassadeurs divins autoproclamés. Nous n'avons de cesse de déplorer l'exploitation de l'islam par les intégristes, mais quand l'occasion se présente de répliquer vigoureusement à leurs hurlements, nous nous retranchons dans le mutisme. Entre les clameurs des intégristes et le silence des modérés, quelle voix portera le plus ?

Je sais bien qu'il n'est pas facile de résister à l'intimidation. Au printemps, le monde musulman a encore resserré la vis : à l'initiative du Pakistan, l'Organisation de la conférence islamique a fait pression sur le Conseil des droits de l'homme aux Nations unies pour adopter une résolution contre la "diffamation de la religion". Concernant spécifiquement l'islam, et non les croyances en général, cette résolution autorise les régimes autoritaires à réprimer toute liberté d'expression en se prévalant de la légitimité d'une instance internationale.

Cependant, le peuple pakistanais arrive parfois à montrer qu'il n'est pas complètement sous la coupe des chefs religieux et politiques. L'an dernier, des groupes citoyens ont contesté un ensemble de lois misogynes en vigueur depuis trois décennies et prétendument fondées sur le Coran. Leurs critiques, respectueuses de la religion, ont incité les mollahs eux-mêmes à admettre que ces lois avaient été établies par les hommes, et non dictées par Dieu.

Tout récemment, les Pakistanais ont amené le gouvernement à lever certaines restrictions sur la presse. Mon livre, traduit en ourdou et téléchargeable sur Internet, connaît d'ailleurs une diffusion spectaculaire, bien que les autorités religieuses en interdisent la commercialisation : car elles ne peuvent empêcher les Pakistanais, ou d'autres musulmans, d'assouvir leur profond désir de débat.

Dans ce contexte, il est grand temps d'en finir avec l'hypocrisie qui gangrène l'islam. Ce n'est pas Salman Rushdie qui pose problème. Ce sont les musulmans.

Salman Rushdie avait vu sa tête mise à prix à 2 millions de dollars. Les enchères sont passées à 2,5 millions, et elles n'ont pas fini de monter. Le gouvernement iranien, principal donateur, assure que c'est là un investissement rentable. Il semblerait que les juifs ne soient pas les seuls à être redoutables en affaires.

Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy.


Irshad Manji est membre de l'European Foundation for Democracy, auteur de "Musulmane mais libre" (Grasset).

Article paru dans l'édition du 26.06.07.
Cet été, recevez le journal Le Monde papier pour 16 € /mois
Réagissez à cet article
Classez cet article
Citez cet article sur votre blog
Recommandez cet article
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
ET AUSSI
Les All-Blacks ne sont pas imbattables. L'Australie en a fait la démonstration en s'imposant samedi à Melbourne face à la Nouvelle-Zélande 20 à 15 lors de la 3e journée du Tri-Nations de rugby. Les Néo-Zélandais étaient invaincus depuis septembre 2006. | AP/David Callow Portfolio
L'Australie met fin à l'invincibilité des All-Blacks
Des chercheurs du MIT ont mis au point une technique permettant de compter le nombre d'individus dans une foule grâce aux signaux émis par les téléphones mobiles. | AP/ALESSANDRA TARANTINO Enquête
Nous savons combien vous êtes !
Dans les tribunes du stade de San Crsitobal, en ouverture de la Copa America, le 26 juin. | REUTERS/JOSE MIGUEL GOMEZ Cadrage
La politique s'invite à la Copa America
LES PLUS ENVOYÉS PAR E-MAIL